Les loups dans la garderie

 

Juin 2015 dans Snatch magazine.

 

L’UMP est devenue « Les Républicains ». Par descendante directe, sa version junior, « les Jeunes Populaires », est devenue « Les Jeunes Républicains ». C’est bien le seul changement. Cette drôle de pouponnière de futurs hommes et femmes politiques, demeure l’antichambre dont il faut, pour les plus ambitieux, s’extraire au plus vite. En évitant, si possible, les coups tordus de ces baby-politiques.

 

Ce soir-là, la douceur printanière a poussé bon nombre de badauds vers les terrasses des cafés. À quelques pas de la mairie de Vincennes, en banlieue parisienne, on trinque aux derniers rayons de soleil de la journée. Pourtant, certains ont décidé de se terrer dans la pénombre d’un bistrot. Adossées à une banquette rouge au sky craquelé, il y a là quelques chemises blanches cravatées et et plusieurs vestes dynamiques. Des tee-shirts un peu froissés, aussi. Tous sont militants UMP. Ils sont là pour écouter Tiffany Culang, leur chef de file. À 21 ans, cette jeune fille au sourire timide a rassemblé la petite meute de sa section de Saint Mandé-Vincennes. Elle tient là un « café politique ». Moins formel, moins statique qu’un meeting, ce genre de raout est prisé des jeunes encartés. Cela dit, cela n’empêche pas ses participants de déballer un discours cadré et rodé comme ceux de leurs aînés. « Après le départ de notre précédent responsable appelé à d’autres fonctions, j’ai été choisie car je portais un projet dynamique, notamment avec le retour de ces cafés politiques », avance Tiffany Culang, parfaite, déjà, dans son discours lissé. Une vraie « jeune pop’ », comme on dit. Comme il faut, surtout. Tandis que le patron du bar râle, exigeant que tous consomment sans exception, Tiffany s’élance, exposant les objectifs de ce « café pol' ». Là voilà qui présente à ses militants ses deux invités du jour. Mickaël Miguères, jeune délégué national Jeunes Pop, conseiller municipal du XVIème arrondissement de Paris et Jonas Haddad, 27 ans et délégué national des Jeunes Pop’ en Normandie. Ensemble, ils ont écrit un essai intitulé. Droite 2.0. « Il s’agit d’une réflexion autour de l’avenir de la droite », selon Mickaël Miguères. Son camarade prend le relai, bien droit dans ses chaussures de ville : « Nos ainés ont été rejetés. Il y a des choses sur lesquelles nous étions en retard, absents. C’est la fin d’un cycle pour la Droite. Il faut essayer d’inventer une troisième voie car bientôt, nous serons coincés entre une Gauche qui œuvre aux seules réformes sociétales et un FN qui progresse et marche sur nos plats de bande. » Le débit est clair et calibré, comme si le discours avait été plusieurs fois répété. Il a dû l’être. Jonas Haddad ne parle pas. Il tonne et fixe ses interlocuteurs du regard. Le jeune homme est un jeune pop’ qui a tout du vieux routard. À raison : il a déjà couru des élections, locales notamment. À Bernay, en Normandie, il est même devenu conseiller municipal. Plus que pour vendre leur livre – quoi que, Jonas est très au fait des ventes des derniers ouvrages politiques –, les deux co-auteurs sont d’abord là en représentation. Pensez-vous, pouvoir faire la tournée des sections jeunes, armé d’un prétexte pareil, c’est une manière de se faire connaître. Jonas Haddad reprend : « Ils voulaient supprimer les prépas et les bourses au mérite. Pourquoi ? Parce que cela peut valoriser des gens qui ont trop travaillé. Tu as une bourse au mérite parce que toi, tu incarnes une élite. Et une élite, ce n’est pas bien. On ramène tout le monde vers le bas. Le fait que Najat Vallaud-Belkacem soit aujourd’hui ministre de l’Éducation, pour moi, c’est une provocation. » L’inverse eut été étonnant.

 

DES AFFAIRES ET UNE GUERRE

 

Selon les chiffres officiels, ils sont aujourd’hui près de 15 000 militants à garnir les rangs serrés des Jeunes Pop’, quand leur alter ego, le Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS), compte pour sa part de seulement 7 500 adhérents. En théorie, les juniors UMP sont les dignes héritiers d’une longue tradition remontant aux jeunes gaullistes, qui étaient plus 50 000 adhérents à leurs débuts en 1965. Ils sont les successeurs de personnalités qui ont su gravir avec succès le sentier escarpé qui mène au pouvoir. Ainsi, n’est-ce pas le minot Nicolas Sarkozy qui, de la tribune d’un congrès de 1978 à Vincennes, appelait « à aider Jacques Chirac à assumer pleinement le destin qui est le sien et qui est grand, tellement grand » ?

 

Cela dit, malgré les chiffres honorables susmentionnés (on passera sur le fait que les Jeunes Pop’ regroupent une catégorie d’âge assez large, de 16 à 29 ans), la division jeune de ce qu’on appelle désormais les Républicains est particulièrement en souffrance depuis le début de l’année. Depuis que « l’affaire » a éclaté, en fait. Celle qui concerne son président, Stéphane Tiki. Au départ, l’histoire était pourtant belle. Né en 1987 au Cameroun, Tiki étudie l’économie et la gestion à la Sorbonne. Là, entre les murs d’une université alors secouée par la réforme du Contrat Première Embauche (CPE), il frappe de ses convictions la grève estudiantine en s’y opposant. Très vite, accompagné de quelques comparses, Tiki devient responsable du parti pour la Sorbonne puis pour l’ensemble des universités d’Île-de-France. Ce militant au visage rond et amical connaît alors une ascension fulgurante. Il apparaît aux yeux de tous comme l’un de ceux capables d’enchaîner sans sourciller fêtes de la saucisse et réunions militantes. La suite du chemin est parfaite. Soutien de Rachida Dati aux élections municipales en 2008 à Paris, il choisit Jean-François Copé en 2012 comme tête de l’UMP avant de participer à la création de l’association « Génération Sarkozy ». Bien lui en a pris. Nicolas Sarkozy, nouvellement élu président du parti en décembre 2014, le couronne en guise de récompense à la tête des Jeunes Populaires. Puis patatras. Une rumeur aux origines douteuses explose. Selon le journal d’extrême-droite Minute, Stéphane Tiki n’aurait pas la nationalité française. Ladite rumeur est bientôt attestée et étayée dans un papier du Canard Enchainé. Elle devient une vérité. Stéphane Tiki est « sans papier » et sans titre de séjour. Bref, en situation irrégulière sur le territoire français. Une « affaire » en forme de comble quand on sait que Stéphane Tiki est militant de premier plan de la « Droite forte », ce courant majoritaire et « décomplexé », hostile tant au droit de vote des étrangers qu’à toute souplesse s’agissant de l’immigration.

 

Aujourd’hui, Stéphane Tiki se refuse à tout commentaire. Contacté à plusieurs reprises, il s’en est tenu à répondre à nos sollicitations par SMS, nous renvoyant vers son avocat. Quant aux Jeunes Pop’, passé une vague hésitation tant l’affaire les a secoués, ils ont tous un avis. Pour certains, l’exercice prend rapidement la forme d’un exutoire. Jonas Haddad, 27 ans, est un proche de Stéphane Tiki. Ces deux-là ont fait les quatre cents coups depuis l’époque où ils tractaient côte-à-côte dans couloirs de la Sorbonne. Jonas aime à rappeler « les difficultés » qu’ils ont rencontrées ensemble et l’hostilité des universités de gauche dans lesquelles ils ont vaillamment créé des structures Jeunes Pop’. « Les gens nous prenaient alors pour des fous », raconte-il. Désormais ce dernier conseille aussi Stéphane. « Je vous confirme qu’il ne veut pas parler. Et je le comprends d’ailleurs. Il faut qu’il aborde un dossier après l’autre. Le juridique d’abord : qu’il régularise sa situation. Le médiatique ensuite : qu’il s’explique. »

 

De leur côté, certains Jeunes Pop’, notamment ceux issus des courants rivaux, vont plus loin et déclarent s’être sentis « trahis » par Tiki. Quelques-uns disent être « tombés de l’armoire » et avouent être saisis par les contradictions idéologiques du bonhomme. Il y en a aussi qui en plaisantent, comme Mickaël Camilleri, qui loue sa « paire de couille pour avoir su mentir, droit dans les yeux, à Sarko’. » Proche de Benjamin Lancar, l’ancien président des Jeunes Pop’, Mickaël Camilleri est de ceux qui dénoncent ici un coup tordu. La révélation de la situation administrative de Tiki ne serait pas anodine, ni sans arrières-pensées et encore moins sans auteur délateur. « Il fallait être un intime pour connaître la situation de Tiki, inconnue au parti. » C’est là que les hypothèses sur les auteurs présumés, élevées par certains au rang de vérité, se multiplient. Mais attention c’est du « off », n’oublient-ils pas d’ajouter. Au moins pourrons-nous avancer que certaines de ces hypothèses accusent parfois nommément des personnalités de courants concurrents. Et qu’elles prêtent des ambitions politiques à peine dissimulées à ce coup tordu.

 

Ces suspicions rongent les Jeunes Pop’, participe à leur immobilisme actuel et, surtout, vient s’ajouter à d’autres soubresauts. L’affrontement, presque sanglant, opposant Jean-François Copé à François Fillon pour la conquête de l’UMP en 2012 en fait partie. Mickaël Camilleri était un proche de François Fillon, à l’époque. Selon lui, « les Jeunes Pop’ n’existent plus depuis l’affrontement Copé-Fillon. » « Nous étions en premières lignes. Et les jeunes sont toujours un peu les tirailleurs sénégalais. Il en reste inévitablement des traces encore aujourd’hui. D’autant que nous concernant, Fillon nous a laissés sur le carreau. » Au lendemain de l’élection pour la présidence de l’UMP en 2012, de l’opposition sanglante, des réclamations en tous genre de chaque camp, l’objectif est bientôt de parvenir à une paix, même relative, même armée. Cet ersatz de consensus entre les deux duellistes finit par aboutir à une règle dite des « 50-50 ». Soit une place pour chaque camp. La recette idéale pour que personne ne puisse prendre le dessus, pour que chacun s’apaise. Dans le cas des Jeunes Pop’, ces derniers sont alors dirigés jusqu’en 2014 par « une direction collégiale transitoire ». En d’autres termes, pas de président et l’espoir caché que les Jeunes Pop’, encore tuméfiés, trouvent les ressources pour s’accorder. Gageure. Au point que Nicolas Sarkozy, décide, dès sa prise de fonction à la tête du parti, de nommer un patron unique : Stéphane Tiki, donc. Avec le résultat que l’on sait. Pierre-Henri Bovis, jeune étudiant et délégué national à l’UMP, estime que les Jeunes Pop’ sont aujourd’hui « revenus au point de départ ». « Nous sommes englués aujourd’hui », dit-il encore. Effectivement : les voici alors face à une problématique devenue récurrente : l’absence de président. S’est substitué un face à face statique mettant aux prises les seuls membres du bureau national. Aurore Bergé, ancienne candidate malheureuse à l’élection de président des Jeunes Populaires, passée également par la responsabilité des Jeunes Pop’ dans les Yvelines, pointe certaines conséquences visibles. « Il suffit de jeter une œil au site internet ou aux réseaux sociaux, il n’y a plus rien. Plus personne ne s’en occupe. »

 

L’ABÉCÉDAIRE DU FUTUR POLITIQUE

 

Derrière, ce petit théâtre des jeunes pousses qui jouent aux grands, la structure repose d’abord sur des trajectoires individuelles. Pour certains, elle fait même office d’incubateur de la vie. Il y a là une constante : tout militant traîne derrière lui une histoire. Celle-ci le positionne par rapport à ses congénères et ses adversaires. Parfois, ces récits semblent calqués sur des histoires connues, où les ascensions fulgurantes tirent leur origine au fond d’un puits. S’ils n’en demeurent pas moins vrais, ils se racontent à satiété et débouchent presque organiquement sur des conclusions politiques, des positionnements idéologiques.

 

« Moi, je suis originaire de Béziers, d’un milieu populaire. J’ai vécu en HLM, avance par exemple Mickaël Camilieri. Mon père était ouvrier et ma mère au RMI. J’ai été durablement marqué par l’assistanat et le chômage dans lequel on maintenant ces habitants. Et ce qu’il provoquait en perte de dignité et d’éloignement des centres économiques. J’ai eu conscience très tôt de ces gens, moralement, détruits. » Voilà pourquoi il est devenu, comme le mentionne son compte Twitter, un « assistanat fighter ». Aussi, après avoir suivi François Fillon, figure de la droite sociale, il s’est choisi comme mentor Laurent Wauquiez, soutien acharné des manifestations contre le mariage gay.

 

Tiffany Culang, la jeune militante du Val-de-Marne, elle, a longtemps hésité à prendre sa carte. Pourtant persuadée de la pertinence du parti de droite et investie très jeune au sein du conseil municipal des jeunes de sa ville, elle est restée perplexe face aux affaires et divisions gangrénant la Droite. « J’ai préféré attendre. Je ne comprenais pas quelle était la ligne du parti, où il allait, s’il allait imploser après la guerre Copé-Fillon. Puis, certains débats ont pris toute la place, comme celui sur le mariage pour tous, aux détriments de choses plus importantes, d’autres débats. » Tiffany s’est toutefois estimée convaincue par l’élection de Nicolas Sarkozy en 2014. Ce dernier aurait mis fin « fin aux guerres fratricides ». Du moins temporairement, s’agissant des Jeunes Pop’. Son goût pour la décision forte, pour trancher dans le vif, aura ici accouché d’un président furtif. Dans l’intervalle, il aura en tout cas convaincu Tiffany d’adhérer au parti et de rejoindre les Jeunes Populaires.

 

Antoine Lévêque, lui, est «  revenu de tout cela ». Étudiant de 21 ans, militant depuis 2011 et responsable des Jeunes Pop’ à Meaux, il se dit ravi d’avoir pu trouver « une seconde famille » au sein des Jeunes Pop’. Mais il ne cache pas aussi avoir été déçu par certaines habitudes a priori anodines mais selon lui très symboliques. « Certaines personnes sont effrayantes, ce sont des machines. Ils sont dans un moule, leur vie se résume à ça. D’autres sont uniquement là pour prendre une photo et la mettre sur les réseaux sociaux pour attester de leur présence. Je vais, pour ma part, aux réunions pour dire ce que je pense. » Cette posture l’assure en tout cas d’apparaître aux yeux de beaucoup comme un « électron libre ». Car dire ce que l’on pense, sans prendre de précautions pour les jeux internes, c’est « faire peur ». Le dégoût ou tout du moins la prise en compte par ces jeunes d’un paramètre qu’ils n’avaient pas forcément mesuré initialement est dans la bouche de beaucoup. Mickaël Camilleri fait valoir ses « convictions » tout en relevant que la politique « c’est vraiment crade ». Quant à Clément Forestier, 26 ans, jeune responsable des Jeunes Pop dans les Hauts-de-Seine, il aurait vraiment découvert l’essence de la politique en devenant, lors des dernières élections municipales (2014), conseiller municipal de Montrouge. Sa nouvelle mission lui révélant le décalage avec les responsabilités qu’il pouvait occuper jusque là au sein des Jeunes Pop. « En comparaison, les Jeunes Pop, ce n’est presque pas de la politique. Il y a un côté House of Cards. Mon élection en 2015 m’a remis à ma place » dit-il.

 

À QUOI SERVENT LES « JEUNES POP » ?

 

Au-delà des trajectoires individuelles et des repères personnels que chacun vient chercher dans ce type de structure, on est en fin de compte tentés de se demander quelle est l’utilité véritable des Jeunes Pop’ ? « Former les élus de demain ! », répond sans ambages Mickaël Camilleri. Las, ce dernier se montre pourtant pessimiste quant à la situation actuelle. « Avec l’arrivée de Copé qui coïncidait avec le début de Bygmalion [L’UMP aurait surfacturé un ensemble de prestations à l’agence évènementielle du même nom, ndlr], nous avons dû tout arrêter. » Il n’en dira pas plus, sauf que ces opérations de formation étaient la norme du temps de Benjamin Lancar et qu’elles auraient fait progresser les jeunes militants. « Nous avons lancé une véritable politique de formation. Entre 2008 et 2012, j’ai fait près de 85 séminaires et formé près de 4000 jeunes. Il y avait nécessité de professionnaliser notre engagement. Nos jeunes font l’expérience d’une profonde solitude face aux jeunes de gauche notamment. J’en ai fait l’expérience au moment de la loi LRU [Libertés et Responsabilités des Universités, ndrl] en 2007. Ils ne savaient pas prendre la parole en public, créer du contenu militant ou même diffuser des messages sur les réseaux sociaux. Les milieux d’extrême gauche et d’extrême droite sont beaucoup plus professionnels et efficaces que nous en termes de formation. »

 

Qui, en effet, n’a pas déjà été au minimum étonné par le mimétisme de certains jeunes militants, singeant dans la forme le discours de leurs ainés, comme Jonas Haddad par exemple. « C’est justement faute de formation que nous arrivons à des postures hyper péremptoires, à ces formes guindées de langage, convient Mickaël Camilleri. C’est faute d’arguments et de fonds que certains en viennent à croire qu’ils sauveront la face par la forme. » En faisant donc comme les grands. Gageons toutefois que se détourner d’une forme de discours partagée par le milieu, adopter ou sauvegarder son propre phrasé, c’est risquer d’être différent dans un milieu qui préfère la cooptation de ses semblables. Aurore Bergé, elle, s’agace de l’un de ses corolaires : « Le peu de diversité dans les parcours ». À 28 ans, cette ancienne candidate, malheureuse, à l’élection de président des Jeunes Populaires, passée également par la responsabilité des Jeunes Pop’ dans les Yvelines, est désormais en charge du développement du numérique auprès de la cacique Nathalie Kosciusko-Morizet. Aurore regrette que sa génération, malgré les discours, n’inverse pas ces processus. « Je travaille en agence de communication depuis cinq ans. Les profils issus du privé sont très rares. La plupart sont des collaborateurs d’élu, des professionnels de la politique. » Voici l’une des marottes d’Aurore. Elle prend sa source dans sa propre expérience. Impossible de lui enlever la force de la conviction. Même si elle participe à son propre positionnement politique. De même, Aurore critique vertement le peu de place accordé aux jeunes dans le parti. Du moins sont-ils constamment « renvoyés à notre jeunesse. Même dans mon cas, alors que j’ai 28 ans et que je travaille depuis plusieurs années. Les gens disent : “Tu as le temps d’attendre.” Mais en tant que femme qui travaille, non, je n’ai pas le temps d’attendre. Cela a été un super apprentissage pour moi. On a besoin des Jeunes Pop’. C’est toujours plus sympa à croiser sur les marchés, mais il ne faut pas s’y enfermer. »

 

Dans le fond, Aurore Bergé pointe là toutes les limites de cet incubateur politique : chez les Jeune Pop’, les marges de manœuvre au sein de l’appareil sont limitées. À moins que le choix récent d’élire leur président au suffrage universel direct en change les données, les militants juniors ne revendiquent pas leur indépendance. Certains le regrettent en enviant la capacité d’action des jeunes socialistes, d’autres l’acceptent, pointant le fossé idéologique qu’il existe entre la ligne du MJS et celle du gouvernement et le désordre que cela tend à causer. En tout état de cause, faute de véritables espaces politiques, les quelques places de responsabilité sont chères. « Plus votre pouvoir est limité plus vous vous sentez dans l’obligation de le survaloriser. Du coup, les Jeunes Pop’ sont des assassins entre eux. C’est le seul moyen d’exister, faute de réel pouvoir. C’est la guerre atomique pour rien », explique Mickaël Camilieri. Pierre-Henri Bovis complète la théorie de son expérience : « Les petits coups tordus aux Jeunes Pop’, c’est la norme. On lance des rumeurs. J’en ai déjà été victime même si au final ce n’était pas très important. L’un dit que vous avez dit telle chose à propos de tel autre, par exemple. » « Une école du cynisme », avance même Jonas Haddad. Et voilà que l’on repense à l’affaire Tiki. Celui qui a balancé son président ne s’est-il inspiré, d’une certaine façon de ses prédécesseurs ?  « Chirac a tué Chaban-Delmas, il a ensuite tué Giscard, puis il a tué Barre, et enfin, il m’a tué. Méfiez-vous. » Cette phrase d’Édouard Balladur, lâchée à Lionel Jospin juste avant la Présidentielle de 2002, témoigne assez bien de ce dont il est question au bout du compte pour arriver en haut de la pyramide : il faut avoir l’instinct de mort. D’une certaine manière, quand Haddad s’évertue à dire que cette atmosphère dépasse toutefois le seul cadre des Jeunes Pop’ et qu’il ajoute « Mitterrand ne disait-il pas que l’UNEF était l’école du vice ? », on ne peut s’empêcher de voir un jeune homme qui tente de se rassurer. Mais en même temps, à le revoir égrener les thèses de son bouquin en public, se faisant un nom par la même occasion, en voilà un, pour sûr, qu’on ne devrait pas manquer de retrouver dans la cour des grands dans les années qui viennent.

 

 

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