ADINKERKE : VILLAGE ENFUMÉ

 

Article paru dans VSD en juin 2015.

 

À la sortie de la voie rapide qui plonge, après la frontière, en territoire belge, il suffit de quelques minutes pour l’apercevoir. Adinkerke est comme un ilot au milieu de ces étendues désespérément plates. Un ilot voué au culte du tabac. En effet, une trentaine de magasins destinée à cette seule activité parsème les rues. Dès l’entrée de ce village de 2500 habitants surgit un premier colosse. Stop and shop est un magasin de 200m2 spécialisé dans la vente de tabac. Ici comme au port salut, il suffit de regarder la façade. « Prix hors concurrence », « prix choc » « ouvert 7 jours sur 7 même les jours fériés » promettent les vitrines surplombées de grands drapeaux à la gloire de l’enseigne. Sur l’immense parking les voitures aux plaques d’immatriculation, principalement françaises, s’entassent. Le procédé est redondant. La voici qui se gare. Puis, ses occupants se dirigent vers le magasin d’un pas assuré. À l’intérieur, ils font leur choix parmi les nombreuses palettes sur lesquelles reposent les divers sceaux de tabac. Ils peuvent également opter pour quelques spiritueux bon marchés ou un café offert par le magasin. Le tout sous le regard de la dizaine de caissiers adossés aux grandes réserves qu’on devine. « La plupart des salariés ici sont français et viennent de la région » nous précisera anonymement l’un d’eux. Une dizaine de minutes plus tard les clients ressortent, grands sacs remplis de cartouches pour certains, sceaux de tabac pour d’autres, sous le bras. Comme Didier. Ce retraité, aux traits fatigués, est le seul de sa famille à vouloir parler. Venu avec femme, belle sœur et mari, il a sacrifié à son petit rituel. « Nous venons de la Baie de Somme. Depuis 10 ans, au moins une fois par mois, et plutôt la semaine d’ailleurs car le week-end, il y a trop de monde. » Le coffre est plein en effet, tandis que le reste de l’équipée organise encore la répartition. Contreviennent-ils à la loi française autorisant au seul usage personnel jusqu’à « 4 cartouches de cigarettes, 1 kilo de tabac à rouler et 200 cigares » ? Didier semble faire peu de cas de cette réglementation. L’idée est surtout de pouvoir profiter des prix imbattables. Pensez : un kilo de tabac coute en Belgique 94€, quand le consommateur doit s’acquitter de la somme de 250€ en France. Au prix de quelques kilomètres, c’est donc toute une région et ses fumeurs qui se retrouvent sur les parkings d’Adinkerke. Pascal et Cindy viennent ainsi du dunkerquois et ne cachent pas les économies substantielles qu’ils font en venant ici tous les 15 jours. « Au sceau, c’est-à-dire 1 kilo de tabac à rouler que nous entubons ensuite, cela nous revient à 1€ le paquet. C’est imbattable par rapport à la France. »

 

Et pas uniquement par rapport à la France. Il suffit de jeter un coup d’œil aux autres magasins du village. Aux côtés des deux hypermarchés qui dominent de leur taille, se juxtaposent plusieurs dizaines de petits débits. Là encore le décorum parle de lui-même. De grands drapeaux de l’Union Jack flottent sur les devantures et des pancartes précisent la possibilité de payer en livres sterling à « best prices ». Les consommateurs britanniques sont particulièrement ciblés par ces « Tobacco shops ». Au même titre que les français, ces fumeurs britanniques sont peu diserts. Ils viennent de Dover pour la plupart, la ville anglaise la plus proche de Calais et surtout du tunnel sous la Manche. Dieter est l’un des rares propriétaires à avoir accepté de répondre à nos questions. Il tient depuis 15 ans l’un de ces petits débits. Dieterl ne cache tout l’intérêt qu’il porte à cette clientèle d’outre-manche. « Si je me contentais uniquement des clients français, je ne pourrai pas survivre. D’autant qu’ils vont majoritairement dans les grands Tobacco shops plutôt que chez nous. Heureusement que les Britanniques sont là. À une époque certains magasins proposaient même un service de cars pour aller les chercher à Calais au pied du tunnel puis les ramener. Cela n’existe plus car désormais, les britanniques sont soumis à une réglementation identique aux français. Néanmoins, le prix de vente reste toujours plus important chez eux » s’emballe t-il.

 

S’il y en a un qui ne s’emballe pas du tout devant le « phénomène Adinkerke », c’est bien Patrick Falewee. Buraliste dunkerquois depuis 25 ans, cet élégant quinquagénaire est également, depuis quelques mois, le président de la Chambre Syndicale des Buralistes du Nord-Pas-de-Calais, de la Somme, de l’Aisne et des Ardennes. Soit les principaux départements faisant face à l’exode des consommateurs de tabac vers la Belgique. Selon lui, « ce business » est d’abord l’affaire de quelques grands propriétaires. « Après 2003, des financiers ont investi dans ces magasins. Ce sont des trusts qui ont récupéré ces commerces. Parfois d’anciens magasins de tabac ou comme dans le cas de stop and shop, des fermes qu’ils ont acheté à bas prix et à la place desquelles ils ont construit ces hypermarchés. » Ce qui l’inquiète surtout, ce sont les conséquences sur les buralistes, en France. Cumulé à l’augmentation régulière du prix du tabac, et à « la prochaine loi santé imposant le paquet neutre », précise t-il, Adinkerke est un coup de grâce. « Nous demandons l’harmonisation européenne des prix. En 2014, 100 magasins ont déjà fermé dans le département du Nord. » La période faste semble pourtant révolue. Certains propriétaires de débits à Adinkerke regardent cette époque avec nostalgie. Yohav est l’un d’eux. « Lorsque je suis arrivé, en 1999, il n’y avait que deux magasins, ouverts depuis 4 ou 5 ans seulement. Les législations étaient moins contraignantes. Les anglais pouvaient alors acheter jusqu’à 16 cartouches. La mobilité des consommateurs est encore plus importante. Nous sommes en concurrence avec le Luxembourg ou Andorre. Et puis la pression des douaniers s’est accrue. Ils viennent jusqu’ici, français comme anglais, relever les plaques d’immatriculation puis saisir, à la frontière, les marchandises des contrevenants. » Le commerce et la contrebande de tabac occupent une place particulière dans l’histoire de la frontière belge. Des musées du « tabac » ou « de la frontière » en attestent le passif. L’opportunité d’aller sur la frontière acheter des produits moins chers est un phénomène classique en contexte frontalier. Grégory Hermez, universitaire, a étudié le phénomène Adinkerke et rappelle qu’à contrario, « les hypermarchés français exercent, aux périodes de fête, une attractivité sur la clientèle belge. »

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